La vallée de Dardennes et du Las
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Les ponts du Colombier

Dans le voisinage de Toulon, bien des excursions peuvent tenter le paysagiste. Entre toutes, celle de la vallée de Dardennes est particulièrement intéressante. La route, d’abord peu agréable, serpente poudreuse entre les murs et les maisonnettes accrochées au flanc du Faron. Peu à peu, à mesure qu’on s’élève, elle devient plus pittoresque. A partir des Moulins, une riche végétation se presse sur les bords du petit cours d’eau qu’ombragent de vieux arbres d’une fière allure. Au printemps, leur feuillage offre de délicieux contrastes : des saules d’un vert ou d’un jaune tendre, des ormes rougissants, des platanes ou des peupliers de Hollande aux bourgeons grisâtres, des chênes aux pousses blondes, mêlent leurs frondaisons naissantes au vert sombre des chênes-liège. Des lierres énormes qui les étreignent s’élancent aux cimes les plus hautes. Sur les rives et dans le torrent lui-même croissent des jets de lauriers-roses d’une vigueur singulière, et des vignes sauvages tordent leurs sarments noueux, ou, droites et raides comme des tiges d’acier, escaladent capricieusement les branchages enchevêtrés.


Vers le fond de la vallée, au-dessous du hameau du Revest, perché sur une colline, un vieux pont, tout paré de lierre qui retombe en paquets jusque dans l’eau courante, traverse le torrent et forme avec les montagnes disposées en cirque un motif original, où se trouvent comme résumées toutes les beautés de cette austère et charmante vallée. L’eau claire et rapide du torrent s’épand en cascatelles parmi les blocs de rochers moussus, entre des berges tapissées d’un fin gazon où poussent des touffes de carex, des fougères, des valérianes d’un rouge vif, des pervenches et quelques anémones d’un lilas pâle, délicieux. Vers le soir, quand la vallée est déjà plongée dans l’ombre, les sommets des hautes montagnes restent assez longtemps éclairés et comme caressés par les derniers reflets du soleil, et tout concourt à l’impression de calme, de force et de grâce qui se dégage de cette nature grandiose.


Ce coin intime et peu connu l’emporte de beaucoup, comme pittoresque, sur les trop célèbres gorges d’Ollioules avec leurs roches bizarres, et même sur les beautés, très réelles cependant, de la vallée du Gapeau, qui, à partir de Belgentier jusqu’aux ruines de la Chartreuse de Montrieux perdues dans la montagne, devient de plus en plus farouche.

En Provence, par Émile Michel, de l’Institut. In Gazette des Beaux-Arts – Courrier Européen de l’art et de la curiosité – Avril 1901 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203153c pp231-234

 

 

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